mardi 14 août 2012

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Magdalena Wanli



Une voix stridente hurle et domine :
     Ici on tue des enfants.
Des bruits de fenêtre, de trousseaux de clefs, tout un silence artificiel.
L'affirmation se retourne contre vous : tout va à l'encontre du but.


in Laure, Écrits, fragments, lettres, texte établi par Jérôme Peignot et le collectif Change, 10/18, 1978

et, placé en exergue du volume :


Je vous assure que cela "change" de ne pas avoir constamment en pensée le "il n'y a rien à faire".


mercredi 8 août 2012

Le bourdon


Mario Draghi dans le texte

The euro is like a bumblebee. This is a mystery of nature because it shouldn’t fly but instead it does. So the euro was a bumblebee that flew very well for several years. And now – and I think people ask “how come?” – probably there was something in the atmosphere, in the air, that made the bumblebee fly. Now something must have changed in the air, and we know what after the financial crisis. The bumblebee would have to graduate to a real bee. And that’s what it’s doing.


Voila qui n'est guère encourageant : tout d'abord, les chats ne donnent pas des chiens et, pour la même raison, les bourdons ne donnent pas d'abeilles ; ensuite, la métaphore du vol du bourdon a déjà servi, en particulier lors des années fastes de la croissance islandaise, ainsi cet article de 2008 :

Dagur Eggertsson, qui était encore récemment maire de Reykjavík, me rappelle que ce qui s’est passé dans son pays défie la logique économique. “Dans les années 1980 et 1990, les gens de droite aux Etats-Unis et au Royaume-Uni disaient que le système scandinave n’était pas fonctionnel, que le très fort investissement de l’Etat dans les services publics tuerait l’économie”, souligne-t-il. A 35 ans, cet homme politique brillant a des airs de gamin. Comme tous les Islandais, c’est un redoutable travailleur polyvalent, puisqu’il est également médecin. “Pourtant, nous voilà en 2008, poursuit-il. Il suffit de considérer les données économiques et on voit que, ces douze dernières années, les pays scandinaves ont pris une sacrée avance. Quelqu’un a appelé ça la ‘bumblebee economy’ [l’économie du bourdon] : en termes scientifiques, aérodynamiques, on ne sait pas comment il vole, mais il vole, et bien en plus.”





Dernier point, et non des moindres, on sait assez précisément comment et pourquoi le bourdon vole (en fait on a surtout étudié ses petits camarades la drosophile, la libellule, le colibri ou la chauve-souris qui sont eux aussi des as du vol stationnaire mais apparemment nettement plus élégants). Le rappel de la littérature essentielle sur le sujet est , chapitre I (voir aussi ici, par exemple). Pour le bourdon, les études récentes le qualifient de "tank volant" !


(Et en passant, deux "Vol du bourdon" nettement plus enthousiasmants, ici et )


Einmal haben -- Johannes Bobrowski


Einmal haben
wie beide Hände voll Licht -
die Strophen des Nacht, die bewezgten
Wasser treffen den Uferrand
wieder, den rauhen, augenlosen
Schlaf der Tiere im Schilf
nach der Umarmung - dann
stehen wir gegen den Hang
draußen, gegen den weißen
Himmel, der kalt
über den Berg
kommt, die Kaskade Glanz,
und erstarrt ist, Eis,
wie von Sternen herab.

Auf deiner Schläfe
will ich die kleine Zeit
leben, verveßlich, lautlos
wandern lassen
mein Blut durch dein Herz.



Et voici que

Et voici que
nous avons les deux mains pleines de lumière -
les strophes de la nuit, les eaux
agitées heurtent de nouveau
la rive, le sommeil âpre, sans regard,
des bêtes dans les roseaux
après l'étreinte - puis
nous voilà debout contre la pente
dehors, contre le ciel
blanc, qui vient
par-dessus la montagne,
froid, cascade-splendeur,
et demeure figé, glace
qui descendrait des étoiles.

Sur ta tempe
je veux vivre cette petite
saison, oublieux, sans bruit,
laisser errer
mon sang à travers ton cœur.

(in Johannes Bobrowski, Ce qui vit encore,
traduit par Ralph Dutli et Antoine Jaccottet,
Orphée / La Différence, 1993





L’œuvre de Bobrowski est un peu un secret trop bien gardé des germanistes ! Pas facile peut-être de lui trouver une place entre ses contemporains Celan ou Bachmann ? Répugnance à rendre leur juste place aux voix de la DDR, quand bien même, comme pour Huchel ou Wolf, il serait assez périlleux de tenter d'aligner ces voix sur celle d'un Honecker ?

Bobrowski aussi fut le témoin de l'effondrement d'un continent, pas la Galicie, comme Paul Celan, mais un continent plus au nord, en remontant justement ce "méridien" dont parlait Celan, la "Prusse orientale", aux confins de ce qui continue aujourd'hui d'être la terra incognita de l'Europe, entre Kaliningrad (Königsberg), la Lituanie, la Biélorussie, ces deux rives du Niemen (Memel).


Le Niemen à Grodno (Biélorussie)


Le blanc, l'immensité du ciel, de la plaine ou de la forêt, le sapin et le bouleau, les joncs, le froid et la magie du dégel ... le plus russe des poètes allemands, à n'en pas douter mais, étrangement, si je devais essayer de le ranger à proximité d'un autre poète, ce serait souvent à côté de Kenneth White, pour la façon dont le poème resserre lentement l'immensité qu'il décrit pour le focaliser sur un point unique où flamboie l'image finale. 


L'embouchure du Niemen (Lituanie)