mardi 7 août 2012

La zone grise


Le nouveau numéro de Feardrop explore "la zone grise" (paysage musical et synesthésie). 

Plaisir de retrouver toujours bien des références communes à la lecture de ce numéro, des romantiques de Jena au Jünger de Godeholm, en passant par Caillois ou Blanchot.

De l'art sonore abstrait, la mélodie, le rythme sont souvent absents.Pourtant, il y a parfois à fredonner dans cet univers, une mélodie qui se dessine. Dans la zone de passage entre les bruits du monde et la symphonie, s'élaborent des structures inouïes, hélices d'un code embryonnaire, flashes d'un expressionnisme à venir. Des effluves qui suivent le ruisseau, la forêt, le roitelet, viennent aux canaux des sensations évoquées, tournent en analogues, lorsque l'homme commence à les cuire dans son athanor. Le noir y virevolte, se délaie, se ponctue de cristaux blanchâtres et déjà la métaphore apparaît, qui appelle le vocabulaire de la description.
Un paysage est en formation.

(Denis Boyer)




Dans cette zone grise, on rencontre sûrement, entre autres choses, cet oxymore (au sens propre !) :


Tonkin Liu
The singing ringing tree



(Cet arbre en fer aurait aussi bien convenu au précédent numéro dédié à l'esthétique musicale du vent !)
Pour plus de détails sur ce travail (et l'entendre), voir le site de son auteur, Tonkin Liu.


lundi 6 août 2012

Der litauische Brunnen -- Johannes Bobrowski (1917-1965)


Chavela Vargas (1919-2012)



Meine Wege aus Sand, der Himmel
über dem Weidengebüsch.
Brunnenholz, fahr hinauf.
Tränk mich mit Erde.

Stundenweit, Lerche , dein Lied,
dem Habicht zu Haüpten.
Wenn dich der Säer hört,
der Schnitter hat dein vergessen.

Blickt ins gest¨rzte Feld,
die Wagen kommen, der Windschrei.
Schöpferin, lehn dich ins Licht.
Sing dir den Mund blaß.


Le puits lituanien

Mes chemins de sable, le ciel
sur les buissons de saule.
Perche du puits, soulève-toi.
Abreuve-moi de terre.

Vaste comme des heures, alouette, ton chant,
plus haut que l'autour.
Quand le semeur t'entend,
le moissonneur t'a oublié.

Voyez, dans le champ renversé
les chars viennent, le cri du vent.
Jeune fille du puits, penche-toi dans la lumière.
Chante à t'en blêmir la bouche.

(in Johannes Bobrowski, Ce qui vit encore,
traduit par Ralph Dutli et Antoine Jaccottet,
Orphée / La Différence, 1993)


 

 

dimanche 5 août 2012

Sur l'immense décharge du capital fictif. Les limites de l'ajournement de la crise par le capital financier et le délire des programmes d'austérité -- Ernst Lohoff et Norbert Trenkle





La conclusion de cet excellent article :
 

Avec l’avènement de la troisième révolution industrielle, la société a atteint un tel niveau qu’elle est devenue trop productive pour le but auto-référentiel et misérable de la valorisation de la valeur. Ce n’est que l’anticipation grandissante sur de la future valeur produite ainsi que la pré-capitalisation de valeur qui ne sera jamais produite qui ont permis pendant trois décennies de maintenir la dynamique capitaliste. Mais entretemps cette stratégie d’ajournement délirante est elle-même tombée dans une crise profonde. Ceci n’est pas une raison de se « serrer la ceinture », ni de se complaire dans des fantaisies régressives au sujet d’un capitalisme « sain » basé sur du « travail honnête ». Un mouvement émancipateur contre « l’austérité » et la gestion répressive de la crise devrait viser à rompre, consciemment, le lien obligatoire entre la production de richesses sensibles et la production de valeur. Il s’agit de refuser de manière offensive la question de la « viabilité financière ». Savoir si des logements seront construits, des hôpitaux entretenus, de la nourriture produite ou des lignes de chemin de fer maintenues ne peut pas dépendre du fait de savoir s’il y a assez d’argent. Le seul et unique critère doit être la satisfaction des besoins concrets. S’il a été décidé, par « manque d’argent », d’abandonner des ressources, il faut se les réapproprier et les transformer à travers une opposition consciente à la logique fétichiste de la production de marchandises. Une vie décente pour tous ne peut exister qu’au-delà de la forme de richesse abstraite.


(traduit par Paul Braun)