mercredi 21 juin 2017

Enfin un peu de cohérence ...


... louons donc le Souverain qui par son vote a aligné une Assemblée "et de droite, et de droite" pour équilibrer un gouvernement "ni de gauche, ni de gauche" !

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il est enfonçé avec ses huit "hologrammes" : regardez cette Assemblée, c'est le cerveau d'amour de notre Président qui chatoie, rompez aléatoirement cette Assemblée en deux parties, avec une probabilité élevée, c'est encore Son cerveau d'amour qui chatoie des deux côtés, et ceci récursivement sur plusieurs niveaux de rupture ; il s'agit donc bien d'un véritable hologramme, et non d'un vulgaire jeu de miroirs !

Et Mélenchon le sait bien, qui s'amuse à recycler en sous-main les euphémismes soviétiques (on s'amuse comme on peut) : ainsi que Poutine l'avait rappelé, à propos d'une visite de Trump à Moscou, les "camarades à la conscience sociale réduite / faible / limitée", c'était le terme convenu pour les prostituées (qui bien sûr n'existaient pas, ce qui compliquait singulièrement leur désignation) ; Villani savait-il dans quoi il s'engageait en parlant de "cours particuliers" ?


vendredi 16 juin 2017

Louons l'audacieuse réforme du Code du travail ...


... avec l'aide de Paul Eluard :

Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Le Président Macron récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir pour la vie
Car la vie et les hommes ont élu Le Président Macron
Pour figurer sur terre leur espoir sans bornes.


C'est trop beau, reprenons nos esprits ; le texte correct est le suivant :

Ode à Staline (1950)

Staline dans le cœur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes
 

Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite

Staline dans le cœur des hommes est un homme
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir pour la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leur espoir sans bornes. 



Eluard n'avait évidemment pas l'excuse, comme par exemple Akhmatova, de vivre sous la tyrannie et d'en souffrir) ... ce n'est pas non plus un simple égarement passager, le poème est repris dans Hommages (1950).

jeudi 15 juin 2017

LA BALLADE DU PERE-LA-JUSTICE -- Alexandre Zinoviev (1922 - 2006)


Et Dieu fit venir à Lui
Le Père-la-Justice et lui dit :
"Lève-toi et marche sans trêve,
Crie sans épargner tes lèvres, Va partout où montent des pleurs,
Où le juste est dans le malheur,
Et où le faible est opprimé.
Crie pour que l'esclave ne soit plus enchaîné
Crie que l'Idole est un assassin,
Et si les forces te manquent demain,
Si tu restes seul dans la nuit,
Continue à marcher et crie."
Et ainsi répondit le Père-la-Justice :
"Oui, j'irai, et que je périsse
Si je cesse un instant de crier ;
Je vivrai pour clamer, pour hurler."
Vers les hommes il dirigea ses pas
Pour leur dire que l'enfer était là,
Que le malheur les guettait de partout
Et que l'espoir était maigre pour tous.
Mais à peine à parler commence-t-il,
Qu'il entend : "Tais-toi donc, imbécile !
Nous savons fort bien sans ton aide
Qu'il n'est pas de paradis terrestre.
Tu ferais mieux de nous donner espoir,
De nous dire à quoi il faut-il croire,
Car tous les malheurs et les peines,
C'est notre existence quotidienne."
La Justice revient vers les cieux.
Epuisé, il s'adresse à son Dieu :
"O Seigneur, ils se moquent de moi,
Mes paroles les laissent bien froids."
Tout pensif se fit le Seigneur.
"Ta tâche est un rude labeur.
Si j'avais pu en venir à bout,
J'aurais parlé moi-même après tout.
Une histoire me revient à l'esprit.
A présent elle est vieille. On l'oublie.
Celui-là changeait l'eau en vin,
Enseignant la vie juste à chacun,
Leur rendait l'espoir et la foi,
Promettait la vie dans l'au-delà.
Mais il a, comme toi, bien souffert.
Je ne suis, après tout, que Dieu le Père.
Je n'existe que pour l'âme humaine.
Ah, mon Dieu, comme tous ces problèmes,
J'aimerais les résoudre, mais las !
Je ne connais pas de réponse à cela.
Ces réponses tu peux les chercher :
C'est la Monde qui va les donner."
Et le Père-la-Justice s'en fut.
Il n'eut plus de mission, plus de but.
Il marche, orphelin solitaire,
En songeant à cette terre de misère,
Et chanta, en un chant merveilleux,
Que ce Monde était un monde affreux,
Il chanta, et son chant fut affreux,
Que ce Monde était merveilleux.


in Alexandre Zinoviev, Notes d'un veilleur de nuit, traduit par Wladimir Berelowitch, L'Age d'Homme, 1979


mardi 13 juin 2017

Incognito -- Petru Dumitriu (1924 - 2002)



"Tétrasotêr à système capillaire décroissant"





Arthur Zodie me fit venir à son bureau. Il m'y reçut renversé en arrière, le menton calé sur deux bourrelets de graisse, et riant d'un air jovial, amical, légèrement délirant. Il m'interpella avec la même fausse jovialité, demi-brutale, demi-cynique, courante chez les militants, et qu'Erasme avait eue à mon égard :
- Eh bien, camarade ? Ça va ? Comment te sens-tu en liberté ? Sais-tu qu'il se trouve des types pour soutenir qu'il n'y a pas de liberté ? Mais tu le ressens, que tu es plus libre à présent ? Sensiblement plus libre ! Tu as trouvé du travail ? Non ? Je tâcherai de t'engager ici, et entre temps on va se cotiser entre amis, on va réunir deux ou trois cents lei par mois qui arrondiront le salaire de ta femme. Même si je ne réussis pas à te trouver une place ici, j'arriverai bien à te caser quelque part. La deuxième solution serait peut-être même préférable, car si on te faisait des embêtements et qu'on te mette à la porte, tu m'aurais toujours comme dernier refuge.
Il sonna et dit à sa secrétaire, avec la même volupté de l'autorité qu'il mettait à se renverser sur s chaise derrière sa table de travail :
- Camarade, je suis en conférence avec ce camarade, je voudrais ne pas être dérangé.
Ensuite, seul avec moi, il se tourna pour me contempler avec le même air d'appétit et d'attente voluptueuse, qu'il aurait eu pour un beau gros saucisson bien épicé :
- Eh bien, raconte-moi à présent tes souvenirs de la Maison des Morts.
- Ils ne sont pas plus morts que ceux de l'extérieur. Ils sont vivants.
- Allons donc, allons donc ! Nous sommes tous morts, mais à des degrés différents. Il y en a de moins morts que les autres, mais ils le sont déjà bien assez.
Il articulait grassement, en scandant ses syllabes ; il prenait autant de plaisir à s'entendre parler qu'à jouer son rôle de directeur. Je le lui dis, et que je trouvais inquiétant son plaisir d'être bonze.
- Il me faut ça, dit-il sérieusement. Je suis obligé de prendre mon état au sérieux, car sinon, que me resterait-il à faire ? Et encore, je suis un simple curé, je ne suis pas moine dans le Cloître Central. J'officie huit heures par jour, plus les messes basses - et noires - au syndicat, et les sacrifices de cellule. C'est la liturgie du quadruple Messie dialectique, du Tétrasotêr à système capillaire décroissant, et dont les deux dernières hypostases gisent empaillées dans ce mausolée couleur de sang caillé - caillé, pas vivant ! Nous sommes tous caillés ! Il paraît que le prochain Boddhisattva est chauve et glabre, comme un œuf.
- Tu devrais être plus sérieux, lui dis-je avec reproche.
- Mais tu es donc fou ? Je me promène sur une corde à cent étages au-dessus de la rue, et tu me recommandes de regarder en bas ? j'ai besoin d'une certaine euphorie. C'est pourquoi je joue au directeur, et passionnément. Que veux-tu que je fasse ? A quoi pourrais-je m'accrocher ? Nous vivons comme ce fou sur une échelle, qui peignait le mur de l'asile, et auquel un autre fou - un esprit scientifique - vient dire : "Accroche-toi ferme à la brosse, car j'ai besoin de l'échelle, je l'emporte." Je continue à peindre le mur, mais je suis suspendu à la brosse. Tu comprends, mon autonomie est petite. Ma sûreté ontologique est très réduite. Selon une technique qui remonte à Protagoras, tu ne connais pas ce camarade, ne t'en fais pas, - et qui a été largement perfectionnée par les modernes -, j'essaie de me retenir par les cheveux pour ne pas tomber dans l'abîme. C'est une technique des plus scientifiques, désanthropomorphisée, démystificatrice, et dont l'efficacité apparaît partout, à voir la sérénité, l'équilibre et l'harmonie généraux, le bonheur et l'espoir qui règnent universellement. Tu me diras : "Accroche-toi à l'Evangile, ou au Coran, ou au Capital plus L'Etat et la Révolution."
- Pas du tout, lui répondis-je et j'ajoutai que notre erreur était, depuis des temps immémoriaux, d'attendre une révélation de l'extérieur, l'affirmation d'un sens qui nous apparaisse comme un fait extérieur, alors que le sens n'est pas un fait, mais une manière de voir et d'agir. Il ne fallait pas imiter ceux qui courraient aux trousses de Jésus et l'attristaient en lui demandant de faire un miracle, pour qu'ils croient. Il ne fallait même pas croire, parce que c'était renoncer à notre raison. Mais il fallait prier et aimer - deux mots qui désignent la même chose, quand la prière est vraie.
- Ce mot aimer va te faire songer à des interprétations pansexualistes dont les critiques se sont servis pour miner les religions, comme si la présence d'un substratum sexuel était honteuse et suffisait à rabaisser n'importe quelle activité ...
- Pardon, pardon, je n'allais pas te faire cette objection ! s'exclama-t-il. Le pansexualisme, c'est comme la dialectique idéaliste ou matérialiste, ça s'adapte à n'importe quoi et ça ne prouve rien. Je pourrais te bâtir sur place une psychanalyse de l'arithmétique, 1 est un symbole phallique, X et = sont copulatoires, 3 est fessier, zéro ou huit, je n'ose pas t'en parler, l'addition et la multiplication sont de l'érotisme déchainé, la soustraction est le reflet traumatique du complexe de castration. Rien de plus libidineux que la table de multiplication, elle dépasse les bornes de la sexualité normale à cause des nombres relativement grands qui y figurent. L'algèbre, la géométrie, la trigonométrie sont d'un symbolisme érotique évident. Mais deux et deux en font-ils moins quatre ? Et, en appliquant le même raisonnement, la sainteté, pour être de l'érotisme sublimé, en est-elle moins de la sainteté ? Rêver d'un homme sans tensions intérieures, et d'une société elle aussi sans tensions intérieures, c'est cela que je trouve stupide. On peut toujours dissoudre les structures de la conscience, ou du subsconscient, ou celles de la société de classe : la conscience, avec ses étages inférieurs, et la société, avec son économie te son administration, en produiront immédiatement de nouvelles. Car le mode même d'existence de la conscience humaine individuelle comme de celle du groupe humain, est configuratif et tensionnel ! Le rêve du psychanalyste comme celui du socialiste sont des rêves d'immobilité, d'arrêt, de calme plat. Tu te rends compte de ce que serait un homme qui n'aurait plus de tensions intérieures ? Et de ce que srait l'histoire d'une humanité fraternelle, une et égalisée , Ce sont des rêves de mort. Ce sont des buts qu'il ne faut pas atteindre, qu'il ne nous est pas permis d'atteindre ! Nous serions perdus. Notre salut réside dans l'activité, dans la tension constante, dans la solution des tensions pour les dépasser et connaître d'autres tensions insoupçonnées, comme notre tâche est, dans le social, la réforme qui mène à de nouvelles crises et à de nouvelles réformes. Toutes les crises sont faites pour être dépassées, et toutes les solutions de crise passées engendrent leurs crises propres, inattendues. Tout ça, c'est clair. Ce qui est moins clair, c'est dans quelle direction générale agir, dans quelle direction générale résoudre la crise de l'individu et de la société humaine actuelle, et aussi les crises qui viendront après !
Je lui dis quelle était la direction qu'il m'avait été donné de percevoir. Nous en parlâmes pendant longtemps. Sur le tard, la secrétaire entra pour demander si elle pouvait rentrer chez elle. Puis la nuit tomba et Arthur alluma sa lampe de bureau. Elle n'éclairait que son visage et, derrière lui, au mur, les portraits de Marx, Engels, Lénine et Staline. Quand je crus lui avoir dit ce qu'il nous restait à faire, Arthur se mit debout et se promena un moment dans la pièce.
- C'est ce que disait, dans une inscription sur un carnet de 1914, mon philosophe préféré, commença Arthur. Le sens de la vie, c'est-à-dire le sens du monde, nous pouvons l'appeler Dieu ... Dieu serait le destin ou, ce qui est la même chose, le monde, indépendamment de notre volonté ... La prière est une pensée sur le sens de la vie ... Pour vivre heureux, il faut être en concordance avec le monde. C'est même ce qu'"être heureux" veut dire ... Et mon second favori appelle Dieu la Toi absolu, le Toi éternel de chaque homme. Car le critère de la réalité du monde, c'est l'imperméabilité à notre volonté, et seul celui qui a essayé d'être maître de l'histoire, comme nous l'avons fait, pauvres idiots, qui gémissons maintenant sous son ironique châtiment, celui-là seul pourra comprendre ça. Et aussi celui-là qui se sera cru maître de la nature, et qui se verra soudain menacé par la nature sociale et par la nature humaine tout court en tant qu'imprévisible, ironique et dangereux visage de Dieu, - celui-là aussi en sait assez pour avoir découvert le Toi éternel. Mais c'est le paradoxe du moi et du Toi qu'il faut dépasser, il faut comprendre qu'ils ne sont pas dissociables et que même le moi, c'est l'Autre, mais l'inverse n'est pas vrai, Dieu esten nous, mais nous ne sommes en Dieu que dans la mesure où nous ne sommes plus nous-mêmes, où nous avons quitté l'illusion du moi ...
Il marchait de long en large, agité, gesticulant de ses bras trop courts, gros et ridicule pour qui n'eût pas su ce qu'il était. Mais il avait été un héros pendant la clandestinité, il ne s'était pas laissé pourrir par le pouvoir, il était resté vivant, et maintenant il allait entreprendre la plus grande aventure de sa vie, une aventure où peu de gens osaient se risquer. Il s'assit devant moi et me dit vivement, heureux, sur un ton brutal mais affectueux :
- C'était donc à ce Dieu-là que les Athéniens avaient consacré ce temple ... mais tu ne sais pas ça, tu es trop inculte ...
- Si, j'ai appris ça à l'école, je me rappelle même l'inscription sur le fronton du temple, mais pas en grec : deo incognito.
- Ignoto, espèce de cancre, ignoto ! Oui, le plus inconnu, le plus évident. Parle-moi de lui encore, parle-moi de lui.
- Tu en sais autant que moi. Je ne te dirai rien de plus. Agis toi-même. Je ne te reparlerai plus jamais de lui. Ce n'est pas un sujet de conversation, c'est un sujet de décision, un but d'action, et le sens d'une vie, ou plutôt du plus grand nombre de vies possible.
- Je comprends, me dit-il. Mais au moins tu me permettras, quand mon cœur en sera trop plein, de t'en parler par allusions, en énigmes, en déc..., in bobote ?
- Oui, rien qu'in bobote, d'accord.
Il frappa dans ses mains grassouillettes aux doigts boudinés, il souffla bruyamment, puis il se remit debout pour se promener de nouveau à travers la pièce en répétant :
- Oui, c'est ça, oui, c'est bien ça. Merci, mon Dieu, merci.
Il s'arrêta brusquement devant moi et se mit à rire :
- Ainsi donc, c'est toi ? Justement toi ? Toi qui ... mais non, c'est bien ainsi, il fallait que ça soit ainsi ...
- Pas moi, dis-je. Toi-même. Surtout à partir de maintenant.
- Mais oui, bien sûr, s'écria-t-il, les yeux étincelants derrière ses lunettes; Et les autres aussi, n'est-ce pas ? Aussi nombreux que possible ! Tous !
Je ne répondis pas, je me bornai à sourire et à faire "oui" de la tête. Il continua :
- Car on croit à la démocratie, nous ! On aime l'ensemble des hommes et chacun en particulier, sans jamais oublier l'un ou l'autre de ces deux pôles. Je constate, camarade, que la prison a eu sur toi un effet éducatif, elle t'a mûri idéologiquement, elle t'a rendu capable de consacrer toute ton énergie, toute ton existence, au collectif. Ton exemple a eu le même effet éducatif sur moi-même, et on fera partager cette fermeté idéologique à autant de camarades qu'il nous sera possible. 
Je me mis à rire avec lui, avec le plaisir que doit avoir un danseur évoluant dans l'air avec grâce et légèreté : nous avions déjà commencé à parler in bobote. A l'heure qu'il est, combien d'humains ont-ils appris à parler de la sorte , et à voir et à agir comme il faut ? Des dizaines ? Des centaines ? Des milliers ? Ce n'est pas à moi, ni, je crois, à personne de le savoir. Ce n'est pas ce que les autres font qui compte, mais bien ce qu'on fait soi-même.

(in Petru Dumitriu, Incognito, Seuil,1962)

lundi 12 juin 2017

John Coltrane -- James A. Emmanuel (1921 - 2013)



"Love Supreme," JA-A-Z train,
tops.      prompt lightning-express,     but
made      ALL      local stops.


Court haîku de ce poète compagnon du free qui m'est revenu en mémoire en écoutant Patterns de Noah Howard.

James Emmanuel et Bobby Few


Patterns, sorti en 1971, avec Earl Freeman (basse), Steve Boston (congas), Jaap Schoonhoven (guitare), Han Bennick (batterie)  et Misha Mendelberg (piano), mon préféré parmi les disques de Noah Howard, celui où le développement est le plus "apparent" avec ses hésitations, ses boucles, ses répétitions, ses reprises et ses échappées soudaines menant à de nouveaux plateaux, le tout sans tension excessive, sans cette impression de fuite en avant panique qui semble parfois l'emporter même chez les meilleurs (Jimmy Lyons, sous les coups de boutoir de Cecil Taylor) : un free presque "laid-back", qui cherche posément sa voie, fragile et qui accepte de se montrer en recherche.


(la réédition de 1976, sur Sun records)

Et pour James Emmanuel, il n'était pas que l'impeccable commentateur du free ; il a amplement pris sa part aux mouvements sociaux de son époque, en témoigne par exemple le poème ci-dessous :

Freedom Rider: Washout

The first blow hurt.
(God is love, is love.)
My blood spit into the dirt.
(Sustain my love, oh, Lord above!)
Curses circled one another.
(They were angry with their brother.)
I was too weak
For this holy game.
A single freckled fist
Knocked out the memory of His name.
Bloody, I heard a long, black moan,
Like waves from slave ships long ago.
With Gabriel Prosser’s dogged knuckles
I struck an ancient blow.

 

lundi 29 mai 2017

Video ergo sum, rétrospective Peter Campus


C'était au Musée du Jeu de Paume ; la rétrospective reprenait les trois mouvements de l’œuvre de Peter Campus, la mise en question de l'image électronique, le renfermement en studio, l'immobilité et le noir, la sortie de la caverne et le retour à l'image animée, numérique.






De ces trois mouvements, le premier me semble le plus fécond, mettant en jeu l'image en mouvement du spectateur / acteur et jouant sur les modes possibles du décalage de l'image électronique (spatial, temporel), ce qui pourrait constituer le fondement d'une authentique "éducation à l'image".




mercredi 24 mai 2017

Louons notre gouvernement si éclairé ...


Que M. Richard Ferrand emploie M. Emile Ferrand son fils à diverses tâches de secrétariat, peu m'importe et je veux bien croire que travail réel il y eut.

C'est la justification donnée par le Cabinet de M. Ferrand (Richard) qui est à tomber de l'armoire :

Des échanges d'e-mails avec les collaborateurs de son père, que France info a pu consulter, semblent attester qu'Emile Ferrand, 23 ans à l'époque, s'est occupé de rédiger la lettre d'information bimestrielle du député, de mettre à jour son blog ou son compte Facebook ou même de réserver des trains. Un travail nécessitant un ensemble de compétences difficile à trouver dans la région, assure le cabinet : "Je vous invite à aller faire un tour en Centre-Bretagne. Ce n’est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur internet." 
(source)

M. Ferrand (Richard) aura peut-être le courage d'aller défendre ceux dont il a été le député auprès de son honorable Cabinet : s'agissant de l’illettrisme supposé de la Bretagne, l'exemple du mépris vint d'en haut mais celui des excuses aussi !




En marge, on remarquera que 1200€ net pour 35 heures (source) de rédaction de lettre d'information bimestrielle, de tenue de blog et de page Facebook (mazette ...), c'est très, très honnêtement payé ; mais nul n'ignore les compétences rares et pointues dont il faut en plus disposer pour réserver des trains !

 

jeudi 18 mai 2017

Low tide at Landrellec -- Kenneth White


1.
Tide still high

gulls immaculate
on lofty ledges

ocean quiet.

2.
Slowly very slowly
the sea quits the rocks

leaving a line
of ancient weeds

where a sharp-eyed crow
forages for goodies.

3.
Sands now laid bare
some smooth, some rippled
 

the sea a blue glitter in the distance
long afternoon silence

broken by gull-cries.


 





MARÉE BASSE À LANDRELLEC

1.
Mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands




in Kenneth White, Les rives du silence
traduit par Marie-Claude White, 
Mercure de France, 1997

 

mardi 16 mai 2017

Concorde et progrès ...


... la devise de notre gouvernement tout neuf ?

Enfin, tout neuf ...


Louons notre gouvernement si progressiste ...


... avec Louis Aragon, extrait du Roman Inachevé (Gallimard, 1956) :


Vous direz ce que vous voudrez
Mais le progrès c'est le progrès

Tout change et se métamorphose
Avec le temps il est des choses
Qu'on croyait de bon placement
Et qui n'ont duré qu'un moment
Par exemple l'eau de mélisse
Dont nous avons fait nos délices
Croyez-vous toujours qu'il y a
Des Dames au Camélia
A présent mourir poitrinaire
Est tout ce qu'on fait d'ordinaire

Vous direz ce que vous voudrez
Pour un progrès c'est un progrès

Qu'un banquier voulût se choisir
Pour successeur tout à loisir
Un jeune homme propre et rangé
Il lui suffisait de bouger
Un peu ses rideaux sur la tringle
Et de le voir pour une épingle
Traversant la cour se baisser
Le professeur Freud est passé
Refermez donc vos brise-bise
Rien de fait sans psychanalyse

Vous direz ce que vous voudrez
Pour un progrès c'est un progrès

Ceux qui faisaient tirer naguère
Leur ressemblance par Daguerre
Et qui pour leur salon s'offraient
Un petit Dagnan-Bouveret
Ah les cochons comme ils ornèrent
Leurs vaches de cosy-corners
Mais aujourd'hui c'est à Dali
Qu'ils demandent leurs ciels-de-lit
Ils remplacent leurs lampadaires
Par des mobiles de Calder

Vous direz ce que vous voudrez
Pour un progrès c'est un progrès

Quand je pense que l'on s'obstine
A user de la guillotine
Moyen qui peut être excellent
Mais un peu lent mais un peu lent
Mandrin de nos jours et Cartouche
Font enfantin pour ce qui touche
Aux modernes philosophies
La bagnole et le rififi
Il faut bien donner au trafic
Son visage scientifique

Vous direz ce que vous voudrez
Pour un progrès c'est un progrès

Il a fui le temps des apaches
Plus de surins et plus d'eustaches
Plus d'entôleuse au coin des rues
La cuisinière de Landru
Relève de la préhistoire
Depuis qu'on a les crématoires
Qui déjà soit dit entre nous
Font un peu conte de nounou
Quand on pense à ce qu'on peut faire
En passant par la stratosphère

Vous direz ce que vous voudrez
Pour un progrès c'est un progrès

On n'a pas épargné les phrases
Quand Guillaume employa les gaz
A plus rien tout ça ne rima
Au lendemain d'Hiroshima
Sans doute l'homme vient du singe
C'est un singe qui a du linge
Des lettres des traditions
Nous sommes en progression
De l'homme sur le quadrumane
Du pitécanthrope à Truman

Vous diré ce que vous voudré
Il y a  prograis et prograis

vendredi 28 avril 2017

Lendemains d'élection ou l'horizon retiré ...


Quand on me parlait d'horizon retiré,  de Mages qui savaient vous enlever l'horizon et rien que l'horizon, laissant visible tout le reste, je croyais qu'il s'agissait d'une sorte d'expression verbale, de plaisanterie uniquement dans la langue.

Un jour, en ma présence un Mage retira l'horizon tout autour de moi. Que ce fut magnétisme, suggestion ou autre cause, la soudaine soustraction de l'horizon (j'étais près de la mer dont un instant plus tôt je pouvais apprécier l'immense étendue et les sables de la plage) me causa une angoisse tellement grande que je n'aurais plus osé faire un pas.

Je lui accordai aussitôt que j'étais convaincu, et tout et tout. Une sensation intolérable m'avait envahi, qu'à présent même je n'ose évoquer.


Le plus beau tour de Au pays de la Magie !

in Henri Michaux, Ailleurs, Poésie/Gallimard

mercredi 26 avril 2017

Télésurveillance, cargo cult stylee ?




Lendemains d'élection

 
A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les singes et en possédait un troupeau. Il était capable de comprendre leurs désirs et les singes comprenaient leur maître. Il restreignait sa nourriture pour satisfaire les singes mais survint une disette et il dut diminuer leur nourriture. Cependant, craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit tout d'abord avec ruse : "Si je vous donnais le matin trois châtaignes et le soir quatre, cela suffirait-il ?". Tous les singes se levèrent furieux. Se ravisant, il dit alors : "Soit, vous aurez la matin quatre châtaignes et le soir trois. sera-ce suffisant ?". Les singes se couchèrent satisfaits.

(extrait du Lie-Tseu ; cité de mémoire mais l'essentiel y est. Pour une bonne traduction du Lie-Tseu, choisir celle de Jean Levi : Les fables de Maître Lie, éditions de l'Encyclopédie des Nuisances !)







mardi 28 mars 2017

Raptus -- Joanna Klink

RAPTUS



The door to the past is a strange door. It swings open and things pass through it, but they pass in one direction only. No man can return across the threshold, though he can look down still and see the green light waver in the weeds.
LOREN EISELEY



A door opens in the wilderness
People cross through it - bloused women families

Acquaintances friends all the ones I have loved
Sleep-walkers night-walkers each dazed and shorn - 

Streets aurous with ice, a snowfall scratched into
Moons - and everything I'd known - 

Inside the bleak floating light of my lungs
In the capillaries of my eyes a blood

Glancing through the hatches - 
If I said I would always be grateful

If I lied or touched with spite
If night is just a foamline of shadows

Though we were both lost - the door
Opening - the fear of being shown

Whole to the one who must love you still -
And stopped as if on a walk to say

Look at that and what matters what really counts
And I'll tell you everything if you promise I promise

I stood at the door and behind me heard
Snow-plows scrape against roads

At the center of night - unknown to yourself
And the word I said out-loud to no one

That meant it was all to no purpose
The word for the desire inside destruction

For everything that can never be brought back - 
Loose snow blown hard to each bank

And the common reel of those who
To avoid one extreme rush towards its opposite -

Snow blasted to piles - and neve opend up to
Anything that could reach me until you reached me -

Which hours belonged to us
When i was unknowingly alone

Why did you always return to walk here a path
Behind my closed eyes shedding salt

Dry snowfall and sticks - still you were here
With me I might say The moon rose in the casement window

The red-haired boy across teh street has learned to ride his bike
There are still picnics there are fountains

And the world I am leaving behind says
One learns to see one learns to be kind -

I closed my eyes I closed my hands
I shut down the fields in my arms

The cattle on the plains veins ditches
Blue ravines a gray bird

Sailing though a poplar brake kids
Throwing snow I closed the last swinging juncos

Sheep wool caught on barbed wire I closed
Fumes and clear patches of sky I seized

The river the town I shut down
The hard muscles of sleep farmlands

Warming under midnight salt-lights scruff-pines
On the ridge animals scattering across the slopes I closed

The smooth bone of evening a storm
On the hills white and noiseless spindled

Prairies where I was born I shut I seized
The clouds I closed in anger - fervor - ardor


in Joanna Klink, Raptus, Penguin Poets, 2010




Cela ne fait donc que sept ans que je tourne sans parvenir à le traduire autour de ce poème ... la difficulté vient moins de l'usage répété de l'enjambement ou de la ponctuation réduite au tiret que du ton de cette comptine à voix basse, de ce murmure d'enfant qui conjure le noir, de cette litanie récitée pour tenir jusqu'au matin.
J'ai au moins une version du titre qui me satisfait, Saisissement, pour essayer de rendre à la fois la polysémie de Raptus et le ressaisissement par la mémoire. Il faut bien se satisfaire de ce modeste commencement !

"This is a poet who knows which losses are irreparable, and also the suffering that shall not heal, the singing that lifts—washed, unwinged—and is nevertheless heard on every page." a écrit Carolyn Forché à la sortie de Raptus.

 

jeudi 23 mars 2017

Lambeaux -- Charles Juliet


A mille lieux des auto-fictions complaisantes et bavardes, écrire comme un animal lèche sa plaie, lentement, en profondeur et en douceur ; le livre comme cicatrice.
Est-il nécessaire de dire que ce bref livre est une longue marche, pour qui sait lire ? 




Chaïm Soutine, Boeuf écorché (1925)




Ce récit aura pour titre Lambeaux. mais après en avoir rédigé une vingtaine de pages, tu dois l'abandonner. Il remue en toi trop de choses pour que tu puisses le poursuivre. Si tu parviens un jour à le mener à terme, il sera la preuve que tu as réussi à t'affranchir de ton histoire, à gagner ton autonomie.
Ni l'une ni l'autre de tes deux mères n'a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dan les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t'exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le langage. Et si tu as mené ce combat avec une telle obstination, il te plaît de penser que ce fut autant pour elles que pour toi.

Tu songes de temps à autres à Lambeaux. Tu as la vague idée qu'en l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donnera la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu.

Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir jamais été aimés

ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr

ceux et celles qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse




in Charles Juliet, Lambeaux, POL, 1995
(également disponible en collection Folio)

jeudi 16 mars 2017

New York City 1986 -- Steven Siegel


Excellente pioche de Aeon que de redonner accès à cette vidéo de Steven Siegel !

C'est ici.

C'est le New York pre-Giuliani, pre-Bloomberg ... un autre monde !

Steven Siegel, Bowery and Houston Street 80's

C'était sans doute plus exactement Lafayette and Houston, un bloc à l'ouest ; aujourd'hui, cela ressemble à cela (et encore, la station service a laissé place l'an dernier à un rutilant immeuble de bureaux ...) :

Lafayette and Houston, 2016

Impossible de regretter ces quartiers vraiment difficiles ; je suis retourné "en pélerinage" sur 6th Street, D Avenue, où l'éphémère Neither Nor ouvrait son sous-sol au milieu des décombres d'immeubles incendiés : il fait indéniablement bon vivre à cet endroit aujourd'hui, aucun rapport avec ce qu'il était en 1986 (une piqure de rappel, ici).

Reste néanmoins une question, et cette question c'est : où sont passé ces gens qui habitaient ces quartiers, où sont passé leurs enfants ?

samedi 4 mars 2017

Noize Niouze


enfin, plus très niouze ... tout cela date d'il y a quelques mois, autant dire une éternité à l'échelle d'un corps qui se délite.
Günther Muller / Norbert Moslang et Radian aux Instants Chavirés (Montreuil)

Un peu déçu par le duo GM/NM et pourtant, Norbert Moslang est pour moi une référence, depuis au moins 10 ans, depuis ce dispositif utilisant comme source les crépitements des décharges de tubes au néon ...
Pas vraiment d'impression d'écoute ou de proposition entre les deux, plus une impression de parallélisme, le dieu du bruit étant appelé à harmoniser tout cela.
Cela ne peut pas marcher à tous les coups, ce sera pour une prochaine fois !

Radian continue de me surprendre par la différence entre leurs enregistrements studio très délicats ou prime la qualité des textures sonores et leurs prestations scéniques intenses, presque rageuses avec de longues montées (ok, ce n'est pas non plus Godspeed ...). Beau concert et voilà un groupe qu'on peut apprécier sous deux angles vraiment différents !

KK Null / Balasz Pandi au Terminus (Rennes)

KK null continue de s'imposer en pionnier d'un noise ultra-énergique ; on peut réécouter ses productions de la fin des années 90, elles n'ont pas pris une ride, et on peut écouter le récent EP Machine in the Ghost pour voir une évolution vers des textures plus riches et une forme plus narrative, une sorte de "cinéma pour l'oreille" mais en version manga shonen ! Un Ep qu'on peut d'ailleurs préférer en 33rpm, histoire de savourer les textures.

En concert, il continue de puiser dans ses sonorités "style DJAX upbeat (très upbeat)" qui donnent à certains passages un caractère presque rétro !
La batterie de Balasz Pandi propulse le set en apportant en permanence des éléments de déséquilibre auxquels KK Null s'adapte.

L'occasion de rappeler deux remarquables LP récents de Balasz Pandi en trio avec Merzbow, l'un avec Keiji Haino, l'autre avec Matts Gustaffson.
 

vendredi 3 mars 2017

François Fillon, 8 ans d'âge mental ?


Tous ceux qui ont eu à faire à des gamins de huit ans connaissent le refrain : le pot de confiture à demi-vide alors qu'il était plein une heure plus tôt, le gamin barbouillé de confiture jusqu'aux oreilles, personne d'autre à l'horizon, et en avant, c'est parti :
- Tu as mangé la moitié du pot ?
- C'est pas vrai, il était déjà à moitié vide quand je suis arrivé !
S'ensuivent quelques manœuvres d'où il ressort que non, décidément, le pot devait bien être plein.
- Alors, tu as bien mangé la moitié du pot ?
- C'est pas moi, cela pourrait très bien être ma sœur !
S'ensuivent à nouveau quelques manœuvres d'où il ressort que non, sa sœur est à la piscine, donc cela ne peut pas être elle.
- Alors, c'est bien toi qui a mangé la moitié du pot ?
- C'est pas grave, le cousin René, il l'avait mangé en entier l'été dernier et on ne lui avait rien dit !

Et voilà, "C'est pas vrai, C'est pas moi, C'est pas grave", une stratégie argumentative qui fait sourire mais dont on finit par se lasser ; les gamins aussi, d'ailleurs, mais pas tous ... écoutez François Fillon :

- C'est pas vrai ... et de chipoter sur les chiffres.
- C'est pas moi ... sous une forme un peu plus alambiquée : on attaque le candidat au motif des turpitudes du député ! François Fillon candidat (4 millions de votants, dame !) n'est plus François Fillon François député, non, ce n'est pas lui, ou ce n'est plus lui.
- C'est pas grave ... les autres élus aussi etc.

Cela prêterait à sourire, mais qu'un candidat à la "magistrature suprême" trouve pour toute défense une stratégie de gamin de huit ans, cela laisse rêveur.

D'autant qu'au lieu d'opter pour cette stratégie risible, doublée d'un aplomb à la Tapie fort malvenu ("Tout est légal" ... la défense de gangster typique), notre parangon de vertu autoproclamé aurait très bien pu se fendre dès le début d'un habile et très catholique Confiteor (bien appuyé quand même, le Confiteor) ; cela aurait bien pu fonctionner.