vendredi 26 juin 2015

Déjà plus -- Vladimir Holan



Les roses ! Les voici ! Mais
elles ne te disent plus rien - 
et c'est la fin. Fin de quoi ?
Déjà d'après l'ombre
du fond d'une haine profonde
l'amour monte. Vers où ?

L'âme ne questionne pas, elle répond
de par son inexistence.
Et il ne reste plus alors que la terre
et son rythme ... Mais le monde
est sans histoire ...






A la mémoire de mon père (1933 - 2015)

vendredi 19 juin 2015

Zugehörig -- Ilse Aichinger


Meine Schwarzen,
die ich weiden sehe,
die für mich davonweiden
ins Holz, in die Algen,
meine Tiere,
die mich hindern
zu bestehen,
die entzwei reiten,
was kommt,
die das kennen,
weil sie meine sind
und sonst nichts.





Harfang des neiges





Appartenance

Mes noirs
que je vois paître
qui partent, en paissant pour moi,
dans le bois, dans les algues,
mes animaux,
qui m'empêchent
d'exister,
dont la chevauchée brise
ce qui arrive,
qui connaissent cela,
parce qu'ils sont miens
et rien d'autre.



(in Ilse Aichinger, Le jour aux trousses, traduction de Rose-Marie François, Orphée / La Différence)

mercredi 3 juin 2015

Možná -- Vladimír Holan


Kali




Možná že současnosti
v celém rozsahu
jed jenom o obrys.
Možná že byla už
před stvořením sveta
a uvádí teď v pohyb přítomnost.
Ale ovšem že při zrychlené úzkosti,
úzkosti z nejistoty,
může jít také okamžitou nepřestnost ...





Peut-être

Peut-être l'actualité
dans toute son étendue
ne se soucie-t-elle que du tracé.
Peut-être fut-elle déjà
avant la création du monde
la même qui donne maintenant le branle au présent.
Cela dit, l'angoisse venant à s'accélérer
- d'incertitude, angoisse -
peut-être aussi ne s'agit-il que de l'imprécision d'un instant ...




in Vladimir Holan, Pénultième, traduit par Erika Abrams, Orphée / La Différence, 1990




d'incertitude, angoisse ... pas évident que cela fasse immédiatement sens pour qui ne lit que la traduction française ; pourtant comment respecter et le sens et la brièveté de úzkosti z nejistoty, littéralement "l'angoisse qui provient de l'incertitude" ?