mardi 20 décembre 2011

L'encre serait de l'ombre -- Philippe Jaccottet


Notes, proses et poèmes choisis par l'auteur 1946-2008, chez Poésie / Gallimard, 2011.

Ce genre de recueil anthologique est toujours l'occasion de courir voir si mes textes préférés ont passé le crible de l'auteur lui-même ; celui-ci, par exemple, du recueil Après beaucoup d'années (ouf, il y est ...)


A la brève rose du ciel d’hiver
on offre ce feu de braises
qui tiendrait presque dans la main.

(« Cela ne veut rien dire », diront-ils,
« cela ne guérit rien,
ne sécherait même pas une larme… »)

Pourtant, voyant cela, pensant cela,
le temps d’à peine le saisir,
d’à peine être saisi,
n’avons-nous pas, sans bouger, fait un pas
au-delà des dernières larmes ?





Summer and wintry landscapes
(catalogue de la Japan-British Exhibition, Londres 1910






C'est surtout l'émerveillement de découvrir des extraits de recueils qu'on n'a pas lu :


Vérité, non-vérité
se résorbent en fumée

Monde pas mieux abrité
que la beauté trop aimée,
passer en toi, c'est fêter
de la poussière allumée

Vérité, non-vérité
brillent, cendre parfumée

(du recueil Airs - Fin d'hiver)


Je ne veux plus me poser
voler à la vitesse du temps

croire ainsi un instant
mon attente immobile

(du recueil Airs - Oiseaux, fleurs et fruits)


Songe à ce que serait pour ton ouïe,
toi qui es à l'écoute de la nuit,
une très lente neige
de cristal.

(du recueil Pensées sous les nuages - A Henry Purcell)